Vingt ans après avoir disparu des radars de la mode, Karen Mulder retrouve la couverture de VOGUE Germany. À 57 ans, l’ancien top model des années 1990 ne revient pas pour rejouer le passé. Elle revient avec une autre histoire, une autre conscience et cette élégance qui, elle, n’a jamais vraiment disparu.
Il y a des visages qui appartiennent à une époque. Et puis il y a ceux qui semblent traverser les décennies sans perdre leur pouvoir.
Karen Mulder appartient incontestablement à la deuxième catégorie.
En couverture du numéro de septembre 2026 de VOGUE Germany, le mannequin néerlandais signe son grand retour après plus de vingt ans loin de la scène médiatique. Une apparition qui dépasse largement le simple comeback d’une ancienne star des podiums : elle raconte aussi l’évolution d’une industrie, le retour des icônes et une nouvelle manière de regarder les femmes qui ont écrit l’histoire de la mode.
« The Blonde with Class »
Dans les années 1990, Karen Mulder possède tout ce qui fait une icône.
Longs cheveux blonds, silhouette spectaculaire, pommettes hautes, élégance naturelle et un sourire immédiatement reconnaissable : elle devient rapidement l’une des figures majeures de la génération des supermodels.
VOGUE Germany rappelle qu’elle défilait alors pour les plus grandes maisons — Chanel, Versace, Valentino, Yves Saint Laurent ou Giorgio Armani — et qu’elle travaillait également pour des campagnes commerciales prestigieuses. En 1996, elle est élue Model of the Year.
Elle sera également l’une des premières Victoria’s Secret Angels, participant notamment au célèbre défilé de 1998.
Mais Karen Mulder n’était pas seulement une silhouette parmi d’autres.
Elle avait cette qualité rare que la mode ne fabrique pas : une présence.
VOGUE Germany raconte que son sourire et son énergie positive séduisaient autant les équipes que les photographes. Christy Turlington évoque encore aujourd’hui son professionnalisme et l’énergie qu’elle apportait aux shootings.
Une image qui n’a jamais vraiment disparu
Son histoire avec VOGUE remonte évidemment beaucoup plus loin.
En 1991, Peter Lindbergh photographie Karen Mulder et Linda Evangelista pour la British VOGUE dans une série devenue mythique autour de Bonnie & Clyde.
Plus de trois décennies plus tard, ces images appartiennent toujours à l’imaginaire collectif de la mode des années 1990.
Mais le nouveau shooting raconte autre chose.
Pour le numéro de septembre 2026, Karen retrouve les studios parisiens et les vêtements des collections actuelles. Et, selon VOGUE Germany, elle a elle-même douté de savoir si elle avait « encore ça ». Une fois devant l’objectif, le doute semble pourtant avoir disparu.
La mémoire du corps, elle, n’avait rien oublié.
57 ans et toujours top model
Ce retour est aussi symbolique pour une autre raison : l’âge.
Karen Mulder vient de fêter ses 57 ans. Et elle retrouve aujourd’hui une industrie qui, sur ce sujet, n’est plus exactement celle qu’elle avait quittée.
La mode contemporaine commence à réhabiliter les femmes qui ont dépassé l’âge traditionnellement associé au mannequinat. Les anciennes supermodels ne sont plus uniquement convoquées pour des campagnes nostalgiques : elles deviennent à nouveau des personnalités désirables, créatives et contemporaines.
Karen Mulder arrive donc à un moment particulièrement intéressant.
Elle n’a plus besoin de prouver qu’elle peut être une « jeune fille » de la mode.
Elle peut simplement être Karen Mulder.
Le poids d’une histoire personnelle
Impossible cependant de parler de ce retour sans évoquer la période qui a précédé son retrait.
Au début des années 2000, Karen Mulder avait publiquement formulé de graves accusations concernant des abus et des pressions dans le milieu de la mode. Son passage télévisé en France en 2001 avait marqué les esprits, avant qu’elle ne soit hospitalisée puis qu’elle ne retire certaines de ses accusations. VOGUE Germany revient aujourd’hui sur cette période avec beaucoup de précautions, en donnant surtout la parole à Karen elle-même sur ce qu’elle souhaite ou non raconter.
Deux décennies plus tard, elle explique qu’elle a longtemps eu du mal à revenir sur ces événements.
Son retour ne doit donc pas être raconté comme une simple opération nostalgique.
Il y a derrière cette couverture une femme qui reprend la parole à son propre rythme.
Et c’est probablement ce qui rend ces nouvelles images plus fortes.
Peet Dullaert : une rencontre entre deux générations de mode
L’autre détail particulièrement intéressant est la collaboration avec Peet Dullaert.
Pour la séquence « What’s in My Bag » de VOGUE Germany, Karen porte un costume couture personnalisé signé Peet Dullaert : un costume croisé à fines rayures en laine froide, inspiré de la collection Automne-Hiver 2026 présentée pendant la Haute Couture Week.
Le styliste a choisi de l’associer à une chemise et une cravate provenant de la garde-robe personnelle de Karl Lagerfeld.
Le résultat est particulièrement symbolique.
Karen Mulder appartient à cette génération de mannequins qui ont connu Karl Lagerfeld, Gianni Versace, Valentino, Yves Saint Laurent ou encore Peter Lindbergh au sommet de leur influence.
Peet Dullaert représente, lui, une nouvelle génération de créateurs qui réinterprète aujourd’hui le tailoring et la couture.
Deux générations de mode se rencontrent sur une même silhouette.
Et le costume n’est pas anodin : chez Dullaert, le tailoring est pensé autour du mouvement et de la relation entre le vêtement et le corps. Sa vision contemporaine du costume cherche notamment à accompagner les mouvements naturels du corps plutôt qu’à les contraindre.
Sur Karen Mulder, cette approche prend presque une dimension narrative : le vêtement accompagne le retour du corps à la mode.
« What’s in My Bag » : le retour par la personnalité
Il y a également quelque chose de très contemporain dans le choix du format.
Karen ne revient pas seulement à travers une image glacée de couverture. Elle apparaît dans « What’s in My Bag », un format qui invite généralement les personnalités à montrer ce qu’elles transportent avec elles.
Cela permet de déplacer le regard.
Pendant des années, Karen Mulder a été photographiée comme une image, une silhouette, un idéal de beauté.
Aujourd’hui, on s’intéresse davantage à la femme derrière l’image.
Son sac devient alors presque un prétexte pour découvrir une personnalité que le public n’a pas vue depuis longtemps.
Et c’est probablement là que se situe la modernité de ce comeback.
Le retour sur le podium ?
Le plus excitant reste peut-être à venir.
VOGUE Germany indique que plusieurs grands directeurs artistiques souhaitent travailler à nouveau avec elle et qu’un retour sur les podiums est envisagé pour septembre 2026. Interrogée sur son légendaire walk, Karen répond avec humour qu’elle l’a récemment testé en marchant sur la pointe des pieds.
Et qu’elle est certaine de savoir encore le faire.
On a très envie de la croire.
Parce que le mannequinat ne consiste pas uniquement à avoir 20 ans et une silhouette parfaite.
Il consiste aussi à habiter un vêtement.
À savoir regarder.
À savoir marcher.
À savoir raconter quelque chose sans prononcer un mot.
Et cela, manifestement, Karen Mulder ne l’a pas oublié.
Le véritable comeback n’est peut-être pas celui que l’on croit
Le plus intéressant dans cette histoire n’est finalement pas de savoir si Karen Mulder peut redevenir la top model qu’elle était dans les années 1990.
Elle ne le peut pas. Et elle n’a aucune raison de le vouloir.
Elle a 57 ans. Elle a vécu une histoire personnelle et professionnelle complexe. Le monde de la mode a changé. Les images sont produites différemment, les réseaux sociaux ont remplacé une partie du mystère qui entourait autrefois les mannequins.
Mais justement.
Son retour permet d’imaginer autre chose : une icône qui n’a plus besoin de se conformer à l’âge que la mode lui avait assigné.
Karen Mulder ne revient pas pour récupérer ses années 90.
Elle revient avec les siennes.
Et lorsque l’on regarde cette nouvelle couverture de VOGUE Germany, c’est peut-être cela qui frappe le plus : derrière la blonde mythique des années 1990, on découvre une femme qui semble enfin pouvoir entrer dans l’image sans avoir à jouer un rôle.
Une renaissance ? Peut-être.
Un comeback ? Certainement.
Mais surtout, une nouvelle façon d’être une icône. 
Sophie TAGEL
