Librairie : Ca raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Ca raconte Sarah : un roman dont j’ai entendu parler dans un podcast. L’auteure (désormais nous pouvons dire auteure ou autrice) était interviewée et je dois reconnaître… que je n’ai pas accroché, je n’ai donc pas eu envie de lire son livre.

Puis l’auteure, que j’aime beaucoup, Camille Anseaume a écrit sur son compte Instagram tout le bien qu’elle pensait de ce roman, et ma soeur me l’a également recommandé, et prêté.

Si je dois définir cet ouvrage en un seul mot, je dirais : tourbillon. Quand vous commencez à le lire, vous êtes happé dans un tourbillon de mots, de poésie, de sensibilité, et vous ne pouvez plus vous arrêter. J’avais difficilement éteint la lumière quand je l’ai commencé, et je l’ai fini le lendemain. J’avais cru un moment l’avoir oublié au travail et j’ai ressenti un moment de panique à cette idée, c’est vous dire à quel point cette lecture était impérieuse.

Je vais commencer par partager l’incipit qui est tout à fait à l’image de l’oeuvre qui se passerait même de résumé ensuite. Mais je vous dirai ce qu’il en est en quelques mots, car moi aussi j’aime savoir « de quoi ça parle » dans les grandes lignes. Je passe sous silence volontairement le prologue – ou apparenté – qui m’a moins plu et en dit trop de la suite.

Incipit

1.

Ca raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ca raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse.

2.

C’est un printemps comme un autre, un printemps à rendre mélancolique n’importe qui. Il y a des magnolias en fleurs dans les squares parisiens, et j’ai dans l’idée que ça écorche le coeur de ceux qui les remarquent. Moi, ça m’écorche le coeur, les fleurs de magnolia dans les squares. Je les regarde, chaque soir, en rentrant du lycée, et chaque soir, leurs grands pétales pâles me piquent un peu les yeux. C’est un printemps comme un autre, avec des averses impromptues, l’odeur du macadam mouillé, une sorte de légèreté dans l’air, un souffle de joie qui chantonne combien tout est fragile.

Ce printemps-là, je marche comme un fantôme. je mène une vie que je ne pensais pas mener, une vie seule avec une enfant dont le père a disparu sans crier gare. Un jour, un soir plutôt, il est sorti de l’appartement et puis. Et puis plus rien. Alors comme ça c’est possible, que du jour au lendemain, je veux dire littéralement, du jour au lendemain, entre deux personnes qui s’aiment depuis des années, il puisse ne plus y avoir de regard, ni de parole, ni de dialogue, ni de discours, ni de fâcherie, ni de complicité, ni de tendresse, ni d’amour.

Résumé

Il est difficile de résumer ce tourbillon, mais il s’agit d’une jeune femme parisienne, professeure de français au lycée, maman d’une fille et en couple avec un garçon : « Quand je parle de lui, je dis mon compagnon. Il m’accompagne, voilà, c’est ça, il m’accompagne dans cette vie chagrine.«  qui, lors d’un 31 décembre morne chez des amis, voit arriver une invitée retardataire et fascinante. Il s’agit de Sarah, à rebours de tous les codes : elle parle trop, fort, mal fume trop, s’habille n’importe comment… Mais elle est vivante, passionnée et passionnante. Comment ne pas tomber sous son charme ? La narratrice n’y résiste pas et toutes les deux se lancent à corps perdu dans une passion amoureuse avec tout ce que cela implique d’emportements, d’exaltation, mais aussi de conflits et de comportements délétères.

Mon avis

C’est une oeuvre qu’il faut lire, si comme moi vous avez l’amour de la langue française. L’auteure la manipule avec grâce, virtuosité, légèreté, sans jamais être pompeuse. Elle a un style très singulier : des phrases courtes, nominales, parfois inachevées qui alternent avec des phrases beaucoup plus développées, aux termes précis, toujours adéquats.

L’histoire est captivante (au sens étymologique du terme, elle nous rend captifs) jamais mièvre bien qu’elle décrive parfaitement les premiers temps d’une relation amoureuse. Sarah y apparaît dans tout ce qu’elle a de flamboyant mais aussi de complexe et de sombre.

J’espère que cette présentation vous aura donné envie de découvrir ce roman. Je n’écris pas assez d’articles sur mes lectures, tout simplement parce que je suis trop exigeante envers moi-même. Puisque c’est « mon domaine » je veux que tout soit parfait, bien écrit, structuré, alors que je n’ai pas du tout cette pression lorsque j’écris un article mode ou beauté ! Mais puisque le mieux est l’ennemi du bien, je me lance et serai davantage présente au rendez-vous librairie car je sais que certaines (certains ?) d’entre vous aiment bien mes conseils.

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